News d'Haïti


Octobre 2013 - Amnesty International parle d'Haïti

Voici un lien vers le nouvel article du blog d'Amnesty International rédigé par leurs délégués durant leur dernière visite en Haïti concernant la situation du logement et des expulsions forcées dans le pays.

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Avril 2013 - Source Collectif Haïti

Mise en cause de la gestion gouvernementale

À presque 2 ans de l’installation d’une nouvelle administration politique, les signes d’insatisfaction sont perceptibles chez diverses couches de la population. La commission épiscopale nationale Justice et Paix (JILAP) de l’église catholique romaine se fait l’écho de l’absence de réponses concrètes aux problèmes fondamentaux du pays. Elle appelle la population haïtienne, notamment tous les secteurs organisés, à ouvrir grands les yeux pour mettre un frein à l’installation d’une autre dictature dans le pays.

La ministre de la communication, Régine Godefroy, a présenté, le mercredi 10 avril 2013, sa démission au premier ministre Lamothe, 24 heures après celle de la titulaire de l’économie et des finances, Marie Carmelle Jean-Marie. Il y a un manque de volonté des dirigeants d’organiser la société dans le dessein de permettre la jouissance des droits économiques, sociaux et culturels. L’administration du président Michel Martelly et du premier ministre Laurent Lamothe fait une mauvaise gestion du pays. JILAP énumère le manque de respect pour la dignité et les droits humains, les manœuvres illégales de mise sur pied d’un conseil électoral et les mauvaises conditions des familles déplacées vivant encore sous des tentes trois ans après le séisme du 12 janvier 2010.

« Nous encourons des risques d’avoir des dirigeants illégaux n’ayant aucune légitimité pour diriger le pays dans le sens du respect des droits humains », avertit JILAP. La commission épiscopale catholique romaine condamne les tentatives de l’exécutif de contrôler tous les appareils de l’Etat servant à organiser les prochaines élections. Après de multiples péripéties, 9 conseillers ont finalement été désignés au collège transitoire du conseil électoral permanent (CTCEP). Mais, ils n’ont pas encore été installés, malgré la publication, le 11 avril , de l’arrêté de leur nomination. Il n’existe aucune volonté réelle, chez les dirigeants actuels, pour la réalisation d’élections libres, honnêtes et démocratiques, croit fermement JILAP.Accusant un retard de plus d’un an, les prochaines élections sont attendues pour la fin de l'année. Elles doivent permettre le renouvellement de 10 sièges de sénateurs (sur 30) et de 140 conseils municipaux.

Entre-temps, le problème de logement reste entier malgré la relocalisation de certaines familles déplacées suite au séisme. Aucune amélioration n’est observée dans les conditions de vie de la population déplacée. Plusieurs familles vivant encore sous des tentes continuent d’être victimes de menaces d’expulsions forcées qui ont déjà causé la mort de plusieurs personnes. Plus de 347 mille personnes déplacées, soit environ 88 mille ménages répartis sur 450 sites, résident encore dans les camps, selon les données officielles.


Traité sur le commerce des armes : Après l’adoption, plaidoyer pour la ratification

Maintenir l’élan d’ici au lundi 3 juin 2013 : c‘est ce que préconise le groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP) [1], appelant plus d’une cinquantaine d’États engagés, y compris Haïti, à ratifier le traité (international) sur le commerce des armes. À la date du 3 juin, le traité sera ouvert à signature et ratification. Après son adoption, il faut encore que les États daignent le ratifier.

« Adopté le 2 avril 2013, le traité sur le commerce des armes ne signifie pas la fin des efforts, menés, pendant près de 20 ans, par de nombreux États et organisations de la société civile, pour réduire les conséquences négatives du commerce non réglementé des armes ». « Le nouveau traité [sur le commerce des armes] oblige chaque État à mettre en place un régime de contrôle national des transferts d’armes et à évaluer, avant d’autoriser un transfert, le risque que les armes exportées portent atteinte à la paix ou la sécurité, ou soient utilisées pour commettre une violation grave du droit humanitaire international ou du droit international des droits humains ou encore pour commettre des actes de terrorisme ».

Selon les estimations, datées de 2008, seule une soixantaine d’États étaient dotés de législations nationales sur les transferts d’armes. Toutefois, des lacunes persistent et peuvent limiter la portée du traité sur le commerce des armes. Parmi les plus importantes, figurent les munitions et les pièces détachées qui ne sont pas couvertes par toutes les dispositions du texte, notamment celles sur le détournement et la transparence, tandis que les armes légères et de petit calibre souffrent d’un manque de définition précise.

Le 11 mars 2013, la commission épiscopale nationale justice et paix de l’église catholique romaine formulait plusieurs recommandations au gouvernement en ce qui concerne les aspects liés à la tenue de registres et toutes autres mesures nécessaires pour garantir la transparence et l’efficacité du traité.


Industrie : La SONAPI engage une firme américaine de lobbying

La SONAPI est l’entité étatique haïtienne chargée de la gestion des parcs industriels. Elle fonctionne sous la tutelle du ministère du commerce et de l’industrie. C’est dorénavant une firme américaine de lobbying, Sorini, Samet & Associates, qui se chargera d’établir des ponts de communication entre la société (haïtienne) nationale des parcs industriels (SONAPI), les officiels et les parlementaires américains ainsi que des organisations internationales. La firme de lobbying étasunienne aura pour mission essentielle « d’arranger les rencontres entre les officiels de la SONAPI et les membres du congrès américain, le gouvernement américain, les organisations internationales et les parties prenantes ».

La Sorini, Samet & Associates devra également élaborer des documents sur la législation des droits des ouvrières et ouvriers, selon les clauses de cette entente paraphée au mois de février 2013. Entre 2008 et 2010, cette même firme aurait déjà réalisé un travail de lobbying pour la Sonapi. Ce qui aurait permis à la Sorini, Samet & Associates de gagner 400 mille dollars américains [US $ 1.00 = 44.00 gourdes ; 1 euro = 60.00 gourdes aujourd’hui]. Un nouveau directeur, Bernard Schettini, a été installé à la tête de la SONAPI le lundi 08 avril 2013, en remplacement de Georges Barreau Sassine après 7 mois de service (de août 2012 à avril 2013). Le ministre de tutelle, Wilson Laleau, reproche à l’ancienne administration de la Sonapi de ne pas avoir été suffisamment proactive, c’est-à-dire un manque de dynamisme capable d’aider l’État haïtien à créer des emplois.

 Une récente enquête de Ayiti Kale Je a relevé plusieurs éléments accablants, notamment en ce qui a trait au parc de Caracol (Nord-Est). La quantité d’emplois attendus n’a pas encore atteint les promesses, la majorité des agriculteurs - expulsés moyennant une offre de compensation pour installer le parc - se retrouvent sans terre, les conditions de travail sont non conformes, révèle l’enquête de Ayiti Kale Je, De plus, compte tenu des avantages fiscaux accordés aux compagnies, un autre grand perdant serait le trésor public.


Correspondance Shella Chauvette

Depuis le mois de novembre 2012, la sécheresse, qui sévit à Belladère, contribue à accentuer l’insécurité alimentaire et la migration des habitants de cette commune vers la République Dominicaine. Les familles affectées plaident en faveur de la disponibilité de semences ainsi que d’une meilleure prise en charge des planteurs, de la construction de canaux d’irrigation, afin de pouvoir irriguer les plantations.

« Seule la localité de Croix-Fer est dotée d’un canal d’irrigation, lequel n’a pas suffisamment de capacité pour arroser toutes les superficies agricoles de la zone », déplore Cancier Léonard, un habitant de la zone. Les paysans de la deuxième section communale, qui cultivent surtout le mais, le pois congo et le manioc, se plaignent d’avoir perdu toutes leurs plantations. Les cours d’eau tendent aussi à diminuer. De leur côté, les éleveurs font part de leurs difficultés à entretenir le bétail.

Suite au passage des cyclones Isaac (24 août 2012) et Sandy (les 24 et 25 octobre 2012), de nombreuses familles ont été décapitalisées à Belladère.                                                       


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Février 2013 - Source Collectif Haïti

 

L’insécurité persiste

Le dernier rapport de la fédération internationale des ligues des droits humains (FIDH) tire la sonnette d’alarme sur le danger qu’encourt la sécurité humaine en Haïti, depuis le passage du tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Intitulé " Haïti, la sécurité humaine en danger", le rapport a été présenté le mercredi 30 janvier 2013 à Port-au-Prince. Le document pointe du doigt la « vulnérabilité accrue pour les victimes du séisme ; l’extension de la pauvreté et de l’exclusion sociale ; la persistance de l’insécurité juridique et de l’impunité ainsi que l’impunité des négligences et violations des droits humains commises par des membres de la mission des Nations-Unies pour la stabilisation en Haïti[ MINUSTAH] ».

Différentes « solutions précaires qui déplacent les problèmes sans les résoudre » ont été adoptées, comme le projet 16/6 de l’État haïtien. Lancé officiellement le 17 août 2011, ce projet visait à réhabiliter 16 quartiers défavorisés dans la capitale, en y relocalisant les personnes vivant dans 6 grands camps ciblés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Les « choix des six camps ont été faits sur des critères de visibilité plutôt qu’en fonction du niveau de précarité et de vulnérabilité, puisqu’il s’agissait de camps situés sur des espaces publics visibles (…) », signale la FIDH.

L’organisation internationale de droits humains relève de « graves défauts de gouvernance », qui ont frayé le chemin à la marginalisation de l’État haïtien, de la société civile et des entreprises haïtiennes, dans le cadre des programmes de « reconstruction » après le séisme.

Ceci serait une raison explicative de la « dépendance massive » du pays de l’aide internationale humanitaire et « pourquoi la sécurité humaine reste extrêmement vulnérable aujourd’hui ». « La dignité et l’avenir des populations concernées » n’ont pas été assez pris en compte par les acteurs nationaux et internationaux.

Comme argumentation, la FIDH s’appuie sur la construction des camps de relocalisation à Corail et à Morne-à-cabris (au nord de la capitale), un autre défi aux règles de l’urbanisme.

Gimena Reyes, responsable de la FIDH pour les Amériques, constate également l’existence d’une justice à double vitesse en Haïti, contrairement aux promesses des autorités. 70% de la population carcérale haïtienne croupit sous le poids de la détention préventive prolongée. « Pour les puissants et les proches du pouvoir, il semble que l’impunité soit la règle », déplore G. Reyes, en soulignant les cas de Jean-Claude Duvalier et de Josué Pierre-Louis. « C’est lamentable qu’une victime se désiste, alors que les faits ont eu lieu » regrette G. Reyes.

La fédération internationale des ligues des droits humains appelle « la communauté internationale à conditionner l’aide au respect des principes fondamentaux et indispensables à la reconstruction d’un État de droit ».


Jean-Claude Duvalier attendu devant la cour d’appel le 7 février

« (…) Il y a lieu pour la cour que l’inculpé Jean-Claude Duvalier comparaisse en personne le jeudi 7 février 2013 ». Telle est la décision, prise par le président de la cour d’appel de Port-au-Prince, Jean Joseph Lebrun, en renvoyant la séance d’audition de l’ex-dictateur le jeudi 31 janvier.

Prévue initialement le 24 janvier 2013, cette audition à la cour d’appel avait déjà été reportée à jeudi dernier en raison de la mort naturelle d’un juge de la cour d’appel, Enock Voltaire.. Le jeudi 7 février 2013 ramènera le 27e anniversaire de la chute de Duvalier et la fin d’une dictature de 29 ans. Le collectif contre l’impunité, qui regroupe les victimes de la dictature ayant porté plainte contre Jean-Claude Duvalier pour crimes contre l’humanité et diverses exactions, soupçonne les juges de la cour d’appel de vouloir clore définitivement le dossier. Les juges chercheraient à donner priorité aux crimes économiques, objet d’une autre plainte de l’État haïtien

Les avocats de Jean-Claude Duvalier souhaitent que le dossier soit définitivement fermé, arguant que certaines victimes se seraient désistées au cours du processus judiciaire.

Depuis début 2011, d’une vingtaine de plaintes, dont la moitié pour crimes contre l’humanité, Jean-Claude Duvalier avait bénéficié d’une ordonnance écartant les poursuites contre lui. Les plaignantes et plaignants ont fait appel, en février 2012, contre ladite ordonnance.


Viol : 4 organisations de droits humains exigent le jugement de Josué Pierre-Louis

Quatre organisations de défense des droits humains manifestent leur détermination en faveur du jugement de Me Josué Pierre-Louis, pour les faits de viol et de bastonnade qui lui sont reprochés, malgré le désistement de la plaignante Marie Danielle Bernadin, « La médiation pénale n’existe pas dans notre législation » et « le désistement d’une victime demeure une décision personnelle » soutiennent la solidarité des femmes haïtiennes (SOFA), le réseau national de défense des droits humains (RNDDH), Kay Fanm (Maison des femmes) et la plateforme des organisations haïtiennes de droits humains (POHDH).« Les tentatives de négociations de l’accusé avec les parents de la victime, les promesses de fortes sommes d’argent et de postes diplomatiques à l’étranger, faites à la plaignante pour étouffer l’affaire, constituent des indices pertinents dans la poursuite », arguent-elles. Marie Danielle Bernadin a décidé d’arrêter les poursuites contre Josué Pierre Louis, président du conseil électoral présidentiel contesté, qu’elle avait accusé de l’avoir battue et agressée sexuellement le 26 novembre 2012.« Le traitement de ce dossier par les autorités judiciaires confirme le caractère nocif du déséquilibre au niveau procédural pour une saine et impartiale distribution de la justice. La plaignante était considérée comme bourreau, et l’agresseur a eu droit à un traitement de faveur», dénoncent SOFA, RNNDH, Kay Fanm et POHDH. Jeune femme de 25 ans, la plaignante s’est rendue, sans la présence de ses avocats, au cabinet de ceux de Josué Pierre Louis pour signer son désistement le 27 janvier 2013. La journée du 23 janvier (de confrontation avortée) a été « très dure » pour elle. Elle a été « totalement démoralisée » après les menaces et pressions de toutes sortes subies au tribunal. Le 27 décembre 2012, le président Joseph Michel Martelly a attribué sa plainte contre Josué Pierre-Louis à un montage politique. « Elle s’est retrouvée toute seule à mener cette bataille. Même ses parents l’ont lâchée en fuyant le pays par peur de représailles », informe à AlterPresse un de ses proches.

Marie Danielle Bernadin a été consultante au ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales et détachée comme assistante auprès de Josué Pierre-Louis.


Pessimisme au Plateau central sur le remaniement ministériel 

Correspondance Ronel Odatte

La nomination et l’installation d’un nouveau cabinet ministériel (replâtrage du gouvernement Laurent Lamothe) ne laissent pas indifférentes les organisations de la société civile du département du Plateau central. Le porte parole adjoint du mouvement paysan de Papaye (MPP), Philfrant Saintnaré, accuse le président Michel Martelly de vouloir se débarrasser de certaines personnes qu’il ne pouvait pas vassaliser à cause de leur appartenance politique.

L’objectif serait d’établir finalement un gouvernement, capable de concrétiser les ambitions cachées du président. « Tout entre dans une perspective électorale. Le chef de l’État veut s’assurer qu’il a tout un système bien ordonné afin qu’il puisse avoir le contrôle du sénat et des collectivités », précise P. Saintnaré.

De son coté, le coordonnateur départemental de l’organisation du peuple en lutte (OPL) Esdras Veyard, qualifie, pour sa part, de superficiel et cosmétique ce remaniement opéré au sein du gouvernement Martelly/Lamothe. « Ce sont nos ministres et nos secrétaires d’État qui vont pouvoir se nourrir, se vêtir convenablement, et tout le reste de la population va mourir de faim », présage E. Veyard.

Le directeur exécutif de l’Union des jeunes progressistes de Hinche, Delpé Paul, pense que le pays se dirige tout droit vers une dictature.

L’association des femmes en mouvement de Thomassique (à 17 km de Hinche) ne voit pas, non plus, d’un bon œil ce replâtrage du cabinet ministériel. « Nous sommes en 2013, il n’est pas normal d’assister à cette situation de misère. Les femmes paysannes n’ont pas droit au travail, au crédit, au logement, et à l’éducation. Où sont passées les promesses de campagne du chef de l’État ? Où sont passées celles de son premier ministre qui a offert monts et merveilles lors la présentation de sa politique générale ? », s’interroge Mimose Jacques, secrétaire exécutive de l’association paysanne. Le remaniement ministériel, le troisième depuis le début du règne de Michel Martelly, a été officialisé par un arrêté en date du 21 janvier 2013. Sept ministres, trois secrétaires d’État et plusieurs directeurs généraux ont pris la sortie.


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Janvier 2013 - Source Collectif Haïti

Lettre de Chantal Guerrier

Trois ans. Trois longues années se sont écoulées depuis ce jour funeste du 12 janvier 2010. Ma mémoire s’en souvient. Mon corps s’en souvient. Pourtant, je n’étais pas en Haïti au moment du séisme. (…) Aujourd’hui encore, je me sens dans le même état qu’il y a trois ans. Un sentiment de ne pas savoir où poser mon corps. La douleur, je la ressens dans les moindres parties de mon être. Je suis comme quelqu’un qu’on a passé à tabac. Avec un gourdin enroulé dans un épais tissu. Les coups ne laissent aucune trace à l’extérieur mais la douleur est bien réelle de l’intérieur. Je sens même des hématomes çà et là. (…)

Un peu partout en France où il existe des associations franco-haïtiennes, des messes solennelles sont organisées pour commémorer la mémoire des victimes du tremblement de terre. Je décide de ne pas y assister, cependant toutes mes pensées vont vers les victimes et les disparus. (…)

Je suis par la pensée avec les gens qui prient un peu partout. Je me demande surtout comment je peux faire pour apporter quelque chose à mon pays, à mes compatriotes, à part prier.  Quoi faire pour que mon pays s’oriente vers la voie d’un réel développement, où la justice, l’éducation et la santé soient accessibles au plus grand nombre ?

Il y a trois ans, je pensais comme beaucoup d’autres qu’il fallait tout faire pour éviter que de tels désastres se reproduisent et causent tant de perte en vies humaines. Qu’il fallait réfléchir à des solutions pour aider le pays à combattre la pauvreté, le sous-développement, la misère, l’ignorance, l’incurie, etc.

J’étais parmi ceux qui pensaient que ce drame allait ouvrir les yeux de nos dirigeants et ceux de la minorité qui possède tout alors que la grande majorité de la population croupit dans une misère indécente.

J’étais parmi ceux qui plaidaient pour une aide au développement durable et non une aide d’urgence de courte durée, qui rend les gens dépendants et abandonnés ensuite à leur sort sans moyens de devenir autonomes. Un projet de développement qui tient compte des réalités du pays, du manque de moyens, de la faiblesse de la formation (dans un pays où les intellectuels et les savoir-faire quittent chaque année le pays par centaines pour aller chercher ailleurs une vie meilleure).

Je pensais comme tant d’autres que la solution c’est de considérer les Haïtiens comme acteurs de leur développement et du développement de leur pays.

Trois ans après, lorsque je constate comme d’autres que des milliers de personnes vivent encore dans des lambeaux de ce qui reste des tentes provisoires, lorsque l’on constate que les décombres subsistent encore dans certains quartiers, lorsque l’on voit que même le symbole du pouvoir qu’est le palais national est toujours à terre, sans projet concret de reconstruction.

Quand on sait aussi les sommes mirobolantes qui ont été récoltées par des individus touchés par le drame et persuadés qu’ils faisaient un acte utile et humain.

Quand on sait que la majorité des sommes promises n’ont pas été versées et que celles qui ont été effectivement perçues ont été gérées de manière calamiteuse. (…)

C’était le moment de rassembler tous les citoyens épargnés par le séisme, mais aussi d’inviter ceux qui sont à l’extérieur à participer à l’effort pour aller plus vite, plus loin et mieux. Le proverbe « Men anpil, chay pa lou » trouverait là tout son sens.

C’était le moment de montrer au monde entier que la devise inscrite sur notre monnaie « L’union fait la force » n’est pas qu’une simple phrase trouvée par hasard.

C’était l’occasion, s’il n’y en avait qu’une, pour les plus riches de prouver leur amour pour leur pays Haïti, sinon dans les paroles des chansons.

C’était aussi le moment plus que jamais de faire mentir tous ceux qui prétendent- car ça les arrange - que « Haïti est le pays le plus corrompu de la planète ».

Trois ans ont passé. Quelles sont les perspectives d’avenir pour le pays ? Quels projets de gouvernement ou de l’Etat haïtien, quelles actions pour sortir tous ces gens de dessous les bâches et sacs de plastique ? Quelle vision pour le pays ? Quel projet de reconstruction ? Quel projet de développement ?

Trois ans se sont passés. Je suis toujours déterminée à faire de mon mieux pour « aider » mon pays. Mon engagement, depuis bientôt dix ans, reste intacte. Mais j’avoue que je me sentirais mieux si je voyais une amélioration dans la vie des gens. »


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Janvier 2013 - Source Collectif Haïti

Janvier, le mois anniversaire du « goudougoudou » sera toujours chargé d’émotion et de tristesse pour les Haïtiens et leurs amis. En témoigne une lettre adressée le 12 janvier dernier par Chantal Guerrier, Haïtienne, présidente du CHASO (Collectif Haïti Solidarité Oise), à ses homologues du Conseil d’Administration du CHF. Elle exprime dans ces quelques lignes l’immense douleur encore ressentie, trois ans après le séisme, par ceux qui furent touchés dans leur chair et dans leur cœur. Elle exprime aussi sa déception devant le peu de progrès réalisés.  Emu par ce cri de souffrance, mais soucieux d’apporter un autre regard, le comité de rédaction de NIH  a souhaité mettre en parallèle le désespoir et l’amertume des Haïtiens, victimes directes ou indirectes de la catastrophe, et l’attitude volontariste et lucide  de ceux qui se veulent porteurs d’espoir malgré les difficultés. C’est pourquoi nous vous proposons dans ce numéro deux messages que tout semble opposer : le témoignage de Chantal Guerrier et l’interview qu’a bien voulu nous accorder Michel Forst, expert indépendant des Nations Unies sur la situation des Droits de l’Homme en Haïti, au retour de sa mission en novembre dernier.

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Janvier 2013 - Source Garr Haïti

Le Camp “Fanm Koperativ” violemment attaqué par des policiers accompagnés de civils armés

Des policiers du Commissariat de Port-au-Prince accompagnés d’individus armés de machettes et de marteaux ont détruit les abris des familles déplacées du Camp Famm Koperativ (Femmes coopérative), le 22 janvier 2013. Un homme se trouvant sur le site avait été brutalement tabassé, lors de cette opération réalisée en présence d’un juge de paix.

Sans un avertissement légal d’expulsion, selon les témoignages des déplacés, des policiers escortés d’hommes de main, ont investi le camp, se trouvant à Lalue, presqu’à l’angle de la Rue Capois, artère avoisinant le Palais National. Il était aux environs de 10 heures du matin quand ils se sont mis à démolir tous les abris érigés sur ce site abritant 84 familles selon les témoignages recueillis sur place par une équipe du GARR.

 «Tout en exécutant leur sale besogne, les démolisseurs nous ont lancé des injures et nous ont bousculés sous les regards complices d’un Juge de paix du nom de Ducasse Jean Frantz» ont rapporté les déplacés-es.

 Intimidés par la présence des policiers qui brandissaient leurs armes, les déplacés/es assistaient impuissants à la destruction de leurs effets personnels et petits commerces à coups de marteaux et de machettes.

 « Ce sont des gens malhonnêtes qui agissent sans pitié envers les gens faibles », a soutenu Cléane Etienne, une déplacée dans la soixantaine vivant avec sa fille sur le site. Elle se plaignait de la perte de sa chaudière de café, destinée chaque jour à la vente et qui avait été renversée à coup de pied par les destructeurs.

 Gabriel Pierre Richard, porte-parole d’une organisation évoluant sur le site avait été tabassé et menotté par les policiers qui entendaient les déplacés/es citer son nom.

 « Les policiers m’avaient frappé sans raison. Je m’apprêtais seulement à rentrer dans le camp pour être témoin de leur action illégale. Au même instant, Ils m’ont lancé des coups de bottes et allongé par terre avec les bras menottés », a confié le jeune homme à l’équipe du GARR qui a pu rencontrer la victime, le jeudi 25 janvier 2013.

 Les effets des déplacées ont été éparpillés dans tous les coins du camp et le bureau de l’organisation « Fanm Koperativ/ Femme Coopérative » vandalisé, a constaté le GARR lors de sa visite sur le site.

 Plusieurs victimes ont considéré cette action comme des représailles de la part des autorités au regard de leurs revendications. Trois jours avant cette expulsion brutale, ces derniers avaient organisé une conférence de presse de concert avec la représentante de « Fanm Koperativ » Margareth Fortuné. Ils/elles avaient alors dénoncé leurs conditions déplorables d’existence et critiqué l’indifférence du gouvernement Martelly/Lamothe, à leur égard.

 Selon Mme Fortuné, le terrain abritant le site est la propriété de l’organisation et jusqu’à date la promesse faite par la mairie de Port-au-Prince de relocaliser ces victimes du séisme reste au stade de vœux pieux.

 Trois ans après le tremblement de terre, la situation d’environ 400 mille personnes déplacées croupissant dans la crasse dans les sites d’hébergement, demeure très critique. Ces familles installées en majorité sur des terrains privés sont l’objet au quotidien de toutes sortes de pressions et d’expulsions forcées. La présence des forces de l’ordre, censée protéger la population, est généralement remarquée dans ces opérations de violations de droits humains perpétrées à l’encontre des victimes du séisme. Elles deviennent ainsi au triple plan physique, psychologique et matériel, doublement victimes.

 Le GARR, une fois de plus, exhorte les autorités à garantir les droits des citoyens/citoyennes vivant sous les tentes dans les sites d’hébergement en respectant d’une part la législation nationale en matière d’expulsion et les dispositions internationales notamment les Principes Directeurs relatifs aux déplacés/es internes.


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Janvier 2013 - Source Collectif Haïti

Flou, tâtonnements, possibles remous sociopolitiques pour 2013

Trois ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, tous les signaux semblent au rouge pour l’année 2013 en Haïti.

Les promesses et discours de l’administration politique ne rassurent pas les citoyens sur la direction et l’orientation données par les dirigeants, suivant l’impression d ' ensemble qui se dégage.

L’année 2013 devrait être une année pour le renouvellement d’une partie du sénat, des municipalités et des conseils d’administration de sections communales. Des doutes persistent sur la transparence et la crédibilité du processus, qui sera engagé.

Un accord a certes été trouvé, le 24 décembre 2012, entre des représentants de l’exécutif et du parlement sur la nature de l’organisme qui devra conduire le processus électoral à terme. Mais, des suspicions entourent les engagements annoncés.

Force est de reconnaître que l’actuelle administration politique a décidé d’implémenter des amendements constitutionnels, élaborés sans participation des différents secteurs nationaux et avec la complicité de plusieurs parlementaires. (dont de l’ancienne plateforme présidentielle « Unité » de l’ancien président René Préval).

Dans la même lignée de ces amendements constitutionnels contestés, le président Joseph Michel Martelly fait part de son intention de mettre en place, prochainement, une cour constitutionnelle.

Les fêtes de fin d’année 2012 se sont déroulées sans éclat. Une des conséquences du cyclone Sandy de novembre, les prix des produits alimentaires continuent de grimper. Devenu rare, le giraumont, utilisé traditionnellement pour célébrer la fête de l’indépendance le 1er janvier, a connu une hausse sans précédent.

Une tension est perceptible chez les dirigeants politiques qui ne digèrent pas les appels à la prudence, en provenance de l’extérieur, pour les personnes qui comptent visiter le pays

Les Etats-Unis d’Amérique et Le Canada invitent leurs ressortissants à entrer au pays caribéen pour des motifs essentiels, vu le climat ambiant qui n’inspirerait pas confiance.

Le ministre de la coopération internationale du Canada, Julian Fantino, a confirmé, le lundi 7 janvier 2013, le gel de l’aide canadienne à Haïti, dans une lettre adressée au quotidien canadien « La Presse ».

L’agence canadienne pour le développement international (ACDI) doit revoir son approche en Haïti et le gouvernement haïtien doit être tenu responsable pour les progrès « limités » réalisés par le pays depuis le séisme de 2010, soutient Fantino.

« Notre gouvernement a la responsabilité de maximiser la valeur des dollars des contribuables canadiens. C’est pourquoi le Canada revoit sa stratégie d’engagement à long terme en Haïti, comme il le fait pour tous ses programmes », écrit-il. Au terme de l’exercice, a-t-il affirmé, « l’aide du Canada ne sera pas un chèque en blanc ».

Les fonds destinés au financement de nouveaux projets sont gelés, a poursuivi le ministre Fantino, qui a estimé que tout va beaucoup mieux en République Dominicaine, voisine.

À la fin du mois de novembre 2012, le ministre, à la tête d’une délégation, avait visité le pays et avait rencontré le président haïtien Michel Joseph Martelly.

Les mécanismes à établir pour « des réformes concrètes, de manière à faire respecter l’intérêt public (…) à protéger les droits de l’Homme et à inciter la création d’emplois », étaient particulièrement l’objet de discussion entre les deux hommes.

A l’occasion du troisième anniversaire du séisme de janvier 2010, l’Union européenne (UE) affirme sa détermination à soutenir les efforts de reconstruction en Haïti.

L’aide au développement de l’institution continentale serait plus efficace si l’instabilité politique n’avait pas « entravé les efforts de coordination et l’exécution des programmes de développement », reconnaît l’UE dans un message de circonstance.


Détresse après un deuxième incendie du marché public de Tabarre

Moins de 48 heures après le second incendie du marché de Tabarre, survenu dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 janvier 2013, les commerçant-es ont vivement manifesté leur mécontentement vis-à-vis du pouvoir et de certains travailleurs de la presse, qui, selon eux, n’ont pas su faire une bonne approche de ce dossier.

Le chef de l’Etat Michel Martelly et la ministre à la condition féminine Yannick Mézile ont été notamment au centre des récriminations. « Rien n’a été fait jusqu’à présent, malgré l’exigence faite a tout commerçant de retirer une patente d’un montant de plus de 2250 gourdes », a rageusement lancé un commerçant, les bras croisés, se plaignant des pertes qu’il a subies.

Certains fustigent le comportement du président qui ne leur a pas rendu visite et n’a pas pris, selon eux, des dispositions pour éviter la répétition de ce genre d’incendie. Le marché a déjà été ravagé par les flammes le 25 février 2012. On ne connait pas l’issue de la procédure judiciaire qui a été mise en branle depuis lors. Guillaume Jean Marie, directeur du marché depuis moins d’un mois, n’est pas en mesure d’évaluer les dégâts enregistrés dans l’incendie du début 2013.

De source officielle, une enquête est en cours afin d’évaluer l’origine de l’incendie. En attendant, aucune arrestation n’a été effectuée. Toutefois, les gardiens ont été entendus par les agents de la police. Les marchand-es annoncent qu’ils prendront des dispositions pour faire passer leur revendication dans les prochains jours. Le marché de Tabarre se situe à proximité de l’aéroport international de Port-au-Prince.

Fin décembre 2012, un incendie d’origine inconnue a consumé, pour la quatrième fois de l’année écoulée, un autre marché public non loin du port de Port-au-Prince.


L’ex-président Aristide entendu en sa résidence, malgré l »absence de flagrant délit

« Le dossier suit son cours, et sera acheminé vers un juge d’instruction qui prendra en charge la suite » : c’est ce qu’a déclaré le commissaire du gouvernement, Lucmane Délille, dans une interview à AlterPresse peu de temps après l’audition de l’ancien président Jean Bertrand Aristide chez lui à Tabarre.

Les plaintes, dont fait l’objet l’ancien chef d’État, portent sur des allégations de vol, escroquerie et abus de confiance.

Contrairement à ce qui arrive en général c’est le commissaire du gouvernement qui est allé au domicile d’Aristide, alors qu’il s’agissait d’une convocation adressée à ce dernier.

« C’est pour montrer que ce n’est pas une persécution politique. L’important pour nous, c’était de l’auditionner concernant les griefs qui ont été prononcés contre lui, pour savoir de quoi il en est », se défend Delille.

Par contre, l’un des avocats du président Jean Bertrand Aristide, Newton St Juste, ne partage pas l’idée qu’il y a eu une convocation. Il préfère parler de « rencontre amicale » entre le parquet et son client.

Il n’est pas normal qu’un commissaire du gouvernement laisse son bureau pour aller entendre une personne dans sa résidence, souligne le secrétaire exécutif de la plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (POHDH), Antonal Mortimé.

Un millier de partisans et sympathisants d’Aristide étaient massés aux abords du parquet ce 9 janvier. La tension montait et les grilles ont été verrouillées devant le risque d’invasion de la cour du bâtiment Un tollé sur cette invitation continue de défrayer la chronique, alors que la justice haïtienne n’a toujours pas rendu sa décision sur certains dossiers épineux.

Il s’agit particulièrement du cas de Jean-Claude Duvalier (détenteur d’un passeport diplomatique peu de jours avant que la cour d’appel statue sur son cas), de l’incarcération pour kidnapping et association de malfaiteurs du riche homme d’affaires Clifford Brandt et du viol présumé de Me. Josué Pierre-Louis sur sa jeune subordonnée, Marie Danielle Bernadin.


De nouveaux outils technologiques dans l’enseignement à partir de la mi-janvier

Des outils, expérimentés par l’Institut de technologie de Massachusetts (Massachusetts Institute of Technology /MIT), seront mis à la disposition des étudiants et des professeurs haïtiens, à partir de la mi-janvier 2013, dans le cadre d’un projet d’enseignement du Créole haïtien et des mathématiques en Créole (haïtien) ainsi que d’autres matières.

Des connections à des programmes logiciels, comme Software Tools for Academics and Ressources (STAR) pour l’enseignement de la biologie, le Mathlets pour l’étude des équations différentielles (mathématiques), Technology Enabled Active Learning (TEAL) pour la physique sont parmi d’autres ressources qui seront disponibles pour la réalisation de ce projet.

Michel DeGraff, professeur de linguistique au MIT, est chargé de la matérialisation de cette idée.

La fondation nationale pour la science (National Science Foundation /NSF), des États-Unis d’Amérique a déjà mis à disposition du professeur DeGraff, 1 million de dollars américains pour mener à bout l’initiative sur une durée de 5 ans (2013 - 2018).

Une cinquantaine de professeurs haïtiens, de physique et de biologie, ont déjà été initiés en mars 2012 à l’utilisation de ces outils technologiques d’enseignement, au cours d’un atelier.

Des collègues de Michel DeGraff, à l’Institut de Massachusetts, le soutiennent dans l’entreprise.

Le 26 octobre 2011, le MIT avait offert à l’Université d’État d’Haïti (UEH) son « opencourseware » (matériel d’accès libre au cours).


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